Le menhir de Gorospil à Itxassou

À l’extrémité de la crête de Bizkayluze, au-dessus de la ferme Saint-Esteben à Itxassou (Itsasu), non loin du col de Gorospil (Gorospil Lepoa, 662 m), repose un menhir singulier… couché. Discret mais chargé d’histoire, il se situe à proximité de l’ancienne borne frontière n°76, aujourd’hui disparue.

Le menhir de Gorospil

Des inscriptions révélatrices

Ce bloc de grès rose attire l’attention par les inscriptions qu’il porte : « Y » pour Itsasu (Itxassou), « Ez » pour Ezpeleta (Espelette) et « BB » pour Baztan Bidasoa, en référence à la vallée de Baztan. Ces marques témoignent d’un usage bien précis. Selon les archéologues, la pierre aurait servi de borne pastorale, destinée à délimiter les territoires.

Le menhir de Gorospil

Un rôle dans la gestion des pâturages

Dans ces zones de montagne, les tensions entre bergers étaient fréquentes, notamment pour l’accès aux pâturages d’altitude et aux points d’eau. Marquer clairement les limites permettait donc de prévenir les conflits et d’organiser le passage des troupeaux.

Une origine remontant au Néolithique

Mais ce menhir pourrait être bien plus ancien encore. Les spécialistes situent l’origine de ce type de mégalithe à l’époque du Néolithique, ce qui lui confère une dimension historique fascinante.

Le menhir de Gorospil

Menhirs basques et bretons : des fonctions différentes

Contrairement aux menhirs bretons, souvent monumentaux, dressés verticalement et parfois organisés en alignements impressionnants, ceux du Pays basque sont généralement plus discrets et liés à des usages concrets. Ici, ils servent principalement de repères pastoraux ou de limites territoriales.

En Bretagne, les menhirs avaient surtout une fonction symbolique et rituelle : ils pouvaient marquer des lieux sacrés, être associés à des pratiques religieuses ou encore servir de repères liés aux cycles astronomiques, comme le suggèrent certains grands ensembles mégalithiques.

Un bloc impressionnant et mystérieux

Aujourd’hui, ce bloc imposant repose en bordure de la piste de crête, dominant le col de Gorospil d’une centaine de mètres vers le sud. Avec ses 3,35 mètres de long et un poids estimé à près de 4,8 tonnes, il impressionne autant par sa masse que par les traces d’épannelage visibles sur plusieurs de ses faces, notamment au nord, à la base et au sommet.

Un menhir qui n’a jamais été dressé ?

Fait intriguant : sa forme et ses proportions laissent penser qu’il n’a probablement jamais été dressé à la verticale. Un menhir couché depuis toujours, témoin silencieux d’un passé à la croisée des usages pastoraux et des premières constructions humaines.

Bibliographie

  • Jean Guilaine, La France d’avant la France : le Néolithique, Odile Jacob, 2011.
  • Roger Joussaume, Les mégalithes, Éditions Ouest-France, 2003.
  • Jacques Blot, Archéologie et montagne basque, Éditions Elkar, 1993.
  • INRAP, ressources en ligne sur le Néolithique et les mégalithes : www.inrap.fr
  • CNRS, publications sur les sociétés néolithiques et les monuments mégalithiques.
  • Eusko Ikaskuntza, travaux sur le patrimoine et le pastoralisme au Pays basque.
  • Musée de Préhistoire de Carnac, documentation sur les menhirs et alignements bretons.
  • Xabier Peñalver, La préhistoire au Pays basque, Elkarlanean, 2005.

Relevés de terrain et observations personnelles (crête de Bizkayluze, secteur Gorospil).

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