Près de la route qui relie Mendive à Forêt d'Iraty, la chapelle Saint-Sauveur d’Iraty veille depuis des siècles sur les pâturages d’altitude et les anciens chemins de montagne du Pays basque.
Isolée au milieu des hauteurs d’Iraty, cette petite chapelle romane fait partie des lieux les plus emblématiques et mystérieux de la montagne basque. Ancienne halte de pèlerins, refuge de bergers et décor de nombreuses légendes, elle conserve encore aujourd’hui une atmosphère hors du temps.
La chapelle Saint-Sauveur à Mendive
Une ancienne étape sur les chemins de Saint-Jacques
La chapelle Saint-Sauveur est connue dès le XIIe siècle. Au XIIIe siècle, les textes la mentionnent sous le nom latin Sanctus Salvador juxta Sanctum Justum, avant qu’elle n’apparaisse plus tard, vers 1460, sous celui de Sent-Saubador.
Durant le Moyen Âge, la chapelle constitue une étape importante sur les chemins secondaires de Saint-Jacques-de-Compostelle traversant les montagnes basques.
Elle appartenait autrefois au commandeur d’Apat Ospitalea, à Saint-Jean-le-Vieux, lui-même rattaché à la commanderie d’Irissarry dépendant de l’Ordre de Malte.
Pendant des siècles, voyageurs, pèlerins et bergers y trouvèrent un lieu de repos et de protection avant de poursuivre leur route à travers les montagnes d’Iraty.
Une chapelle romane au milieu des pâturages
La chapelle possède une architecture sobre typique des édifices religieux montagnards du Pays basque.
Ses murs sont principalement construits en calcaire et en grès, tandis que sa toiture est recouverte d’ardoises. L’édifice conserve encore plusieurs ouvertures romanes étroites et hautes, ornées de linteaux en plein cintre.
Sur la clé de l’arc en plein cintre de la porte ouest figure la date de 1727 accompagnée de l’inscription « INDART ». Cette date correspond à une importante restauration réalisée à la demande du curé de Béhorléguy, Oxoby-Indart.
Cette campagne de travaux modifia probablement une partie de l’édifice afin de renforcer la chapelle face aux conditions climatiques difficiles de la montagne basque.
La chapelle Saint-Sauveur à Mendive
Le remarquable chemin de croix de Saint-Sauveur
L’un des éléments les plus remarquables du site reste son chemin de croix extérieur qui fait entièrement le tour de la chapelle.
Comme dans la tradition chrétienne, il comporte quatorze stations évoquant les épisodes de la Passion du Christ. Les treize premières sont matérialisées par des colonnes numérotées surmontées d’un dé de pierre et ornées de croix basques.
La dernière station est représentée par une grande croix monumentale dressée à l’écart de l’édifice sur une plate-forme en hauteur.
Si la chapelle date du XIIe siècle, ce chemin de croix semble plus récent et remonter au début du XIXe siècle. La croix monumentale porte en effet la date de 1805.
La chapelle Saint-Sauveur à Mendive
La légende de Xaindia
Comme beaucoup de lieux anciens du Pays basque, la chapelle Saint-Sauveur est entourée de récits populaires transmis de génération en génération.
La plus célèbre est sans doute celle de Xaindia.
Par une soirée lointaine, dans la maison Inhurria de Beyrie, les habitants s’affairaient à dépouiller le maïs lorsqu’un domestique réalisa qu’il avait oublié sa pioche dans les champs. Il promit alors dix sous à quiconque irait la chercher.
Une jeune domestique accepta immédiatement. Mais à peine avait-elle quitté la maison que le domestique, regrettant déjà sa promesse, murmura avec colère :
« Que le diable l’emporte ! »
Un cri terrible retentit alors dans la nuit. La jeune fille apparut soudain dans les airs près de la cheminée de la maison, emportée par une force invisible. Avant de disparaître, elle lança la pioche dans le vestibule et cria :
« Voici votre pioche ! Mais moi, par cupidité, je suis emportée par le mauvais esprit… »
Les habitants partirent aussitôt à sa poursuite à travers les montagnes. La course traversa vallées et villages jusqu’aux environs de Mendive.
Arrivée près de la chapelle Saint-Sauveur, la jeune fille implora :
« Saint-Sauveur, venez à mon secours ! »
À ces mots, elle redescendit lentement vers le sol, délivrée du mauvais esprit.
Cette légende illustre parfaitement l’importance protectrice attribuée à la chapelle dans les croyances populaires basques.
La mystérieuse légende du chandelier du Basajaun
Une autre tradition très célèbre entoure la chapelle : celle du chandelier du Basajaun.
Le Basajaun, personnage mythologique majeur du folklore basque, est décrit comme un géant sauvage vivant dans les forêts et les montagnes d’Iraty. Protecteur des troupeaux mais redouté des hommes, il occupait une place importante dans l’imaginaire des bergers.
Selon la légende, un magnifique chandelier d’or appartenait autrefois à une Basa Andere, créature sauvage vivant dans les montagnes.
Un jour, un homme réussit à dérober ce chandelier pendant l’absence du Basajaun et s’enfuit vers la chapelle Saint-Sauveur afin d’y mettre l’objet sacré à l’abri.
Le Basajaun se lança alors à sa poursuite à travers les montagnes. Mais lorsque le fugitif atteignit enfin la chapelle et invoqua Saint-Sauveur, la créature perdit immédiatement son pouvoir devant le sanctuaire chrétien.
Le chandelier fut alors conservé dans la chapelle pendant des siècles.
La tradition raconte également que l’objet noircit après l’incendie de la chapelle par des soldats espagnols et qu’il devint ensuite impossible de le déplacer hors du sanctuaire.
Un lieu hors du temps dans les montagnes basques
Aujourd’hui encore, la chapelle Saint-Sauveur d’Iraty conserve une atmosphère unique.
Autour de l’édifice s’étendent les pâturages d’altitude, les forêts profondes d’Iraty et les anciens chemins empruntés autrefois par les bergers et les pèlerins.
Le silence, la solitude du lieu et le mélange entre patrimoine chrétien et mythologie basque donnent à Saint-Sauveur un caractère profondément mystérieux.
Pour les amoureux d’histoire, de randonnée et de culture basque, cette chapelle reste l’un des trésors les plus fascinants des montagnes d’Iraty.
La chapelle Saint-Sauveur à Mendive
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