Au Pays basque, lorsque l’on évoque la Rhune, on pense immédiatement au célèbre petit train, aux panoramas sur l’Atlantique ou encore aux troupeaux de pottoks évoluant librement sur les pentes des montagnes. Pourtant, ces crêtes cachent aussi un patrimoine historique méconnu : un vaste réseau de fortifications militaires construit pour défendre la frontière franco-espagnole au tournant des XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles.
Parmi ces vestiges, les redoutes de Bizkarzun, Suhalmendi et Esnaur figurent parmi les plus remarquables. Dissimulées dans les collines dominant Ascain et Sare, elles racontent une période troublée où le Pays basque fut un véritable champ de bataille entre les armées napoléoniennes et les troupes anglo-portugaises de Wellington.
Aujourd’hui encore, leurs fossés, leurs talus et leurs murailles de pierre émergent de la végétation comme les témoins silencieux d’un passé militaire presque oublié.
Un système défensif autour de la Rhune
À la fin du XVIIIᵉ siècle, la frontière franco-espagnole devient un enjeu stratégique majeur. Pendant la guerre de la Convention (1793-1795), puis surtout durant les guerres napoléoniennes, les montagnes basques constituent une ligne de défense essentielle pour protéger Bayonne, Saint-Jean-de-Luz et les voies d’accès vers l’intérieur du territoire.
Pour contrôler les cols et les vallées, les ingénieurs militaires français aménagent alors une série de redoutes sur les hauteurs de la Rhune. On estime qu’une vingtaine d’ouvrages défensifs furent construits dans le secteur.
Une redoute est un petit fort autonome, généralement entouré de fossés et de talus, conçu pour accueillir une garnison et résister à une attaque rapide. Placées sur les sommets, ces positions permettaient d’observer les mouvements ennemis et de ralentir toute progression militaire.
Les redoutes de Bizkarzun, Esnaur et Suhalmendi formaient ainsi une ligne avancée de surveillance et de défense au-dessus d’Ascain.
Bizkarzun : la sentinelle d’Ascain
La redoute de Bizkarzun domine le village d’Ascain depuis une colline culminant à environ 185 mètres d’altitude. Malgré sa taille relativement modeste, sa position était particulièrement stratégique : depuis ce promontoire, les soldats pouvaient surveiller toute la vallée de la Nivelle ainsi que les approches venant de Saint-Jean-de-Luz.
Sur le terrain, les vestiges restent encore bien visibles. On distingue notamment les fossés périphériques, les levées de terre et le tracé polygonal de l’ouvrage. Même en ruines, la structure laisse imaginer l’importance défensive du site à l’époque napoléonienne.
Le panorama est spectaculaire. D’un côté apparaissent les reliefs de la Rhune, de l’autre l’océan Atlantique et la côte basque. Cette vue exceptionnelle explique parfaitement pourquoi les militaires avaient choisi cet emplacement.
Lors des combats de 1813, les troupes françaises auraient finalement abandonné la position dans le cadre de leur repli vers Bayonne face à l’avancée des forces alliées.
Les redoute de Bizkarzun, Esnaur et la Rhune
Suhalmendi : la plus spectaculaire des redoutes
Parmi les trois sites, la redoute de Suhalmendi est sans doute la plus impressionnante. Située près du col de Saint-Ignace, à environ 300 mètres d’altitude, elle contrôlait les passages menant vers les crêtes de la Rhune.
Sa forme en étoile, encore parfaitement identifiable aujourd’hui, révèle le soin apporté à sa conception militaire. Les fossés profonds et les talus défensifs montrent qu’il s’agissait d’un ouvrage important capable d’abriter plusieurs centaines d’hommes.
Suhalmendi est également liée à l’un des épisodes militaires marquants de la campagne de 1813. Les récits historiques rapportent qu’une garnison française d’environ 350 soldats y résista à plusieurs assauts britanniques avant de se rendre après négociation. Malgré leur infériorité numérique, les défenseurs auraient infligé des pertes importantes aux troupes anglaises.
Cette résistance illustre parfaitement le rôle stratégique des redoutes de la Rhune : ralentir l’ennemi, contrôler les hauteurs et protéger les voies de communication vers Bayonne.
Aujourd’hui, Suhalmendi demeure l’un des exemples les mieux conservés de fortification napoléonienne au Pays basque.
La redoute de Suhalmendi
Esnaur : un verrou sur les hauteurs
Plus au sud se trouve la redoute d’Esnaur, perchée à environ 273 mètres d’altitude. Avec Bizkarzun, elle constituait un véritable verrou défensif destiné à protéger les accès nord du massif de la Rhune.
Là encore, les traces militaires demeurent étonnamment lisibles dans le paysage. Les fossés creusés dans le relief et les plateformes défensives témoignent du travail considérable réalisé par les soldats et les ouvriers militaires il y a plus de deux siècles.
Le site impressionne par son intégration naturelle dans la montagne. Les ingénieurs ont utilisé les formes du terrain pour renforcer les défenses, rendant l’ouvrage difficile à attaquer frontalement.
Esnaur offre également un point de vue exceptionnel sur Ascain, les vallées environnantes et les premiers reliefs pyrénéens. Le calme qui règne aujourd’hui contraste fortement avec les tensions militaires qui animaient autrefois ces hauteurs.
Depuis 1992, la redoute fait partie des fortifications protégées au titre des Monuments historiques, permettant ainsi la préservation de ce patrimoine unique du Pays basque.
La redoute d'Esnaur avec son magnifique panorama sur Ascain et la Côte basque
Le célèbre « sentier des sommets » relie ces différents sites à travers landes et crêtes panoramiques. Tout au long du parcours, les vues sur la Côte basque et les montagnes sont superbes.
Départ du parking près du fronton Chourio d'Ascain
🚶♂️ Durée : 3h15 | 🌿 Difficulté : Facile
📏 Distance : 10,4 km | ⛰️ Dénivelé : 508 m
📌 Trace GPS disponible en téléchargement 📥
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